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Quatrième long métrage de fiction de la réalisatrice japonaise, Naomi Kawabe, sorti le 31 octobre 2007 en France et récompensé du Grand Prix du Jury au festival de Cannes 2007, La forêt de Mogari est une longue poursuite de fantômes.
Le film est construit sur le principe du binôme : deux personnages, deux êtres chers disparus, deux parties distinctes, deux mondes (le réel et l’imaginaire mais aussi le visible et l’invisible) et tout cela se côtoie parfaitement dans le cinéma de Kawabe par la mise l’évocation de sentiments indicibles. Les deux protagonistes, Shigeki pensionnaire à la maison de retraite où Machiko travaille en tant qu’aide-soignante sont touchants par leur infirmité affective causé par la perte d’une personne chère et aimée à laquelle chacun tenait. Ils sont tel deux êtres perdus dans la nature envahissante remplie de symboles et de métaphores.
La première partie place les personnages dans leur milieu respectif ; l’hospice pour personnes âgées au cœur de la nature pour l’un, l’appartement vide pour l’autre. La description retrace la douleur commune des protagonistes est un peu trop appuyée. Mais autour, invisibles, planent des personnes disparus et regrettées ; son épouse pour Shigeki et son jeune fils pour Machiko. Malgré un pathos à fleur de peau, comme la rencontre avec le mari de Machiko, ou bien la visite du fantôme de la femme de Shigeki jouant un air de piano mélancolique, Naomi Kawabe, nous envoûte par son hymne à la nature. L’herbe telle un tapis de mille bêtes courantes, ou la forêt immensité qui ne rentre pas dans la totalité du cadre, ou encore la personnification de l’arbre plus que centenaire, métaphore de l'aïeul, apaisent ces âmes meurtries. Tout ceci montre à quel point ce conte est remarquablement bien filmé. Notamment par les moments du quotidien caractérisés par de longs plans séquences : Machiko sortant les poubelles des pensionnaires, une partie de cache-cache, ou encore un moine bouddhiste venu faire un discours sur l’existence des rapports entre les choses visibles et invisibles. Car c’est bien de cela que parle le dernier film de Naomi Kawabe, de l’ardente absence, au cœur de la vie de chacun, qui est la manifestation du rapport à l’invisible.
En deuxième partie de film est une longue pérégrination à travers la nature dont le but n’est pas explicitement montré : est-ce réel ou bien imaginaire ? Shigeki, s’enfuit dans la forêt, armé de son sac à dos qu’il garde presque obsessionnellement avec lui, sans en savoir lui-même le but. Machiko, responsable de ce dernier, n’a pas d’autre choix que de le suivre. La forêt, -personnifiée à maintes reprises, par exemple avec le vent qui semble être sa respiration, ou bien par cet arbre centenaire, imposant, tel le chef de la forêt-, devient alors l’objet central du film. Elle est tout d’abord terrifiante ; les deux êtres sont perdus, fatigués, ont peur des bruits, de pas inconnus. Puis petit à petit, prenant une place grandissante, elle est le reflet de leurs sanglots et de leur désespoir : Machiko revit par un concours de circonstance, la perte de son enfant, et Shigeki rongé par le désespoir de ne plus pouvoir vivre sans sa femme, court à travers la forêt jusqu’à l’épuisement, ou bien encore sauve un papillon pris dans une toile d’araignée. Enfin leur mélancolie et leur joie de s’en sortir par ces chemins-là met un terme à leur procession par la découverte d’un grand et silencieux repos spirituel. Shigeki après la danse avec le fantôme de sa compagne, est allongé à même le sol après avoir creusé de ses ongles une fosse pour y reposer en paix près de la tombe de sa femme. Machiko découvrant ce que le sac du vieil homme contenait, la conduit adroitement à la fin de son deuil par quelques notes d’un piano mélancolique. En japonais Mogari, signifie « fin du deuil ». Dans leur pèlerinage, c’est sans cesse un contact indicible avec l’invisible dans lequel plane le monde des fantômes que ces deux vivants veulent saisir.
La fin du film rejoint son étrange début : des bûcherons coupant un arbre, puis sans lien apparent, la rencontre d’une procession religieuse. Ce sont autant d’éléments annonciateurs du culte et du deuil développés dans le film. De plus, dans la consolation symétrique des deux protagonistes ont entièrement effectué leur procession vers la fin d’un deuil par la reconnaissance de la souffrance de l’autre. Naomi Kawabe, étant plutôt une documentariste, a signé ici un film inspiré de ses précédentes œuvres. La caméra à l’épaule, suivant ses acteurs dans la marche voire dans la course, marque la continuité de l’enregistrement du réel ; sujet, qu’elle a de nombreuses fois étudié dans ses autres fictions.
Ce
film est d’une rare beauté. Il montre essentiellement la beauté de la nature.
Nous ne regardons pas mais nous contemplons des moments suspendus du temps.
Naomi Kawabe nous réapprend à un film contemplatif sur la nature. Telle une
petite boîte à musique remplie de souvenirs divers qui nous hantent, la
réalisatrice ouvre une brèche entre le monde réel palpable et le monde
imaginaire invisible.
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